Nana no Sekai (NANAの世界) est un guide-book sorti en 2025, avec pas mal de contenu, dont une longue interview de Ai Yazawa !
On peut trouver en ligne des retranscriptions complètes, mais dans cet article j'ai sélectionné les infos qui m'ont le plus intéressée, souvent en lien avec la mode, agrémentées d'extraits de planches.
A propos d'Ai Yazawa
Elle est originaire d'Osaka, elle est montée à Tôkyô à 19 ans.
Aujourd'hui, elle aime rester chez elle, son jardin, et les kimonos. On n'est donc pas étonnés quand elle cite ces deux mangas dans ces lectures du moment (même si elle en lit peut) :
Mon petit nid douillet (Chiaki Ida, publié chez Soleil)
Gintarô-san wo Tanomimôsu (Akiko Higashimura, inédit en France - j'aimerais trop le lire !)
Ce qu'elle veut dessiner, ce n'est pas une histoire, mais des êtres humains. D'ailleurs, une question sur la catégorisation éditoriale lui est posée. Ca lui importe peu que ses travaux rentrent dans une catégorie, c'est un aspect qui ne l'impacte pas. Cependant, elle aime dessiner des histoires autour d'émotions complexes, et de ce fait, ses histoires s'inscrivent dans la tradition du shôjo manga. Même si elle changeait de classification, elle construirait probablement ses mangas de la même façon.
Tout le monde sait qu'elle adore la marque Vivienne Westwood. Elle a découvert le punk au collège, d'abord par la mode justement, pas par la musique : à Osaka, elle a croise un type avec une épingle sur le visage. Plusieurs de ses personnages porteront cet accessoire, comme Arashi (Paradise Kiss) et son papa Takeshi (Je ne suis pas un ange) !
Premières oeuvres
Les thèmes du sport (Tempête aux couleurs des cerisiers, Marine blue, Kaze ni nare) puis du milieu du divertissement pour "Ballade Made Soba ni Ite" ont été choisi parce que le rédacteur en chef, depuis ses débuts, lui demandait d'écrire des mangas conformes au style du magzine Ribbon.
Gokinjo monogatari
Série dessinée après "Je ne suis pas un ange". Ces 2 mangas ont une atmosphère très différente. Pour accomplir ça, elle a changé son trait (plus égal), soigné les mises en page, et a même changé de matériel. Elle se considère peu douée en dessin, et mise beaucoup sur l'ambiance pour compenser ses lacunes techniques.
Elle n'a jamais eu d'assistant(e)s sur ses oeuvres précédentes, mais recevait parfois de l'aide de ses amies. A partir de ce manga, elle dessine seule.
On apprend que la scène intime entre les Mikako et Tsutomu a choqué le monde du manga shôjo !
Bonus : aviez-vous repéré dans Gokinjo, Mikako croise furtivement Mamirin (de Je ne suis pas un ange) à Londres ?
Paradise kiss
Puisque Paradise Kiss est publié dans un magazine de mode (Zipper), Ai Yazawa se dit que les lectrices ne seront peut-être pas des lectrices de manga, et qu'elle n'a donc pas besoin de suivre les convention du shôjo manga. Elle va donc dessiner ce qu'elle veut !
C'est aussi parce que le manga sera publié dans un magazines de mode qu'elle a choisi de reprendre le cadre de l'école d'art "Yazagaku" créée dans Gokinjo. Mais sans en faire une suite directe, pour que les lectrices de Zipper n'ayant pas lu Gokinjo puissent apprécier Paradise Kiss. On peut voir le bâtiment de l'école dans les deux séries.
Nana
Ai Yazawa a été l'autrice phare du lancement du magazine Cookie, ce qui était une grande responsabilité pour elle.
Pour Hachi, elle voulait créer un personnage attachant, à l'opposé de Nana, auquel les lectrices pourraient s'identifier facilement. Mais au début elle était en fait plutôt impopulaire !
Nana et Hachi emmènagent à Chôfu, car Ai Yazawa y a vécu quelques années, le long de la rivière Tama, elle connait donc très bien l'endroit.
Pour cette illustration d'ouverture du chapitre initial de Nana Osaki, elle a représenté Nana de dos, pour que sa posture nous fasse ressentir l'expression de Nana. Ce choix n'aurait sûrement pas été possible dans Ribon.
D'ailleurs, la robe rouge que porte Nana est de la marque Happy Berry, créée par Mikako dans Gokinjo ! J'ai ajouté la case en question (tome 1 de Nana), mais faut avoir l'oeil ! A ce moment de l'histoire, Ai Yazawa se demande cependant si Nana pouvait vraiment se le permettre financièrement ?
L'autrice passe beaucoup de temps sur des détails pour rendre l'ensemble cohérent, par exemple dans cette case, Hachi étend les vêtements qu'elle a portés la veille (veste et haut noir).
Ai Yazawa parle souvent du fait que ses personnages ont leur vie propre : les répliques lui viennent sur le moment, "ils" ont choisi leur marque de cigarette, etc. Un événement l'a marquée, quand Nana casse le 2e verre fraise par-dessus les débris du 1er : elle a dessiné la scène en mode automatique, et a été choquée car elle n'y aurait jamais pensé.
Enfin, les illustrations des couvertures des livres racontent une aventure de Nana et Hachi. Ai Yazawa ne veut pas révéler leur destination avant de pouvoir le dessiner... Ce qu'on espère tous voir un jour.